Songe d’un matin d’été
Pour me défaire d’un long hiver
du cocon doux qui nous englue
j’ai mis dans ma hotte
des bottes de sept lieues
pour m’arracher aux mornes formes
qui somnolaient sans émoi
dans les fonds troubles
de mes eaux intimes.
Je voulais m’échapper avec elle
pour retrouver la musique de ses yeux.
Alors j’ai glissé dans ma musette
des ritournelles italiennes
des airs qu’on écoute en glissant
sous les voûtes des tunnels ligures.
J’ai vu au bout du quai
des raies mélancoliques
gober des méduses esseulées
bien plus que de convenance.
Et maintenant
je flâne avec elle sous les tonnelles.
Je baise ses doigts
d’elle exquise et conquise.
Avec elle j’ai fait l’amour dans un ferry fantaisie
J’ai vu par un hublot le soleil se lever
derrière l’île de Monte-Christo.
Quand elle dormait encore
j’ai vu des nuages bas
nichés sur le cap Corse.
J’ai vu sur une corniche
l’image des rivages
entrevus autrefois
au détour d’un virage.
Mirages de jeunesse
songes d’un matin d’été.
Nous avons bravé l’écume des vagues
Nous avons brassé des flots paisibles
Nagé le matin, le soir et la nuit.
J’ai embrassé ses épaules et ses lèvres
léché le sel sur son ventre
les grains de sable sur sa peau.
J’ai goûté l’instant avec elle
et vu le soleil se coucher
sur le désert des Agriates.
C’était hier
c’était ce soir
c’était maintenant.
Ensemble, ainsi
nous traversons le temps qui passe.
