J’étais comme un poisson ivre
échoué sur une plage de sable noir
le gosier sec
la queue molle
et l’esprit ailleurs.
J’avais depuis des lustres
fiché dans ma glotte
l’arête d’un poisson lune
péché comme par inadvertance
au large des îles Saint-Marcouf.
Je m’en souviens comme si c’était hier :
de fins filets dorés le soir
au creux d’une crique
croqués trop vite.
C’était comme il y a des siècles :
le bois flotté ramassé sur les galets
fumait comme un calumet.
Aux Mascareignes, aux Sanguinaires,
je ne suis jamais allé,
pourtant je m’en souviens comme si c’était hier.
Comme dans un rêve
je voulais m’en aller
loin des contrées grises et des pluies infinies
qui glacent les os et qui figent l’âme
loin des brumes marines
des midis froids
des soirées ternes
des nuages lourds qui courent en processions
bas du cul sur l’horizon
emplis d’averses à ne savoir qu’en faire.
Je voulais m’en aller avec elle
pas pour toujours
pas pour jamais
juste une échappée belle.
Avec elle.
